Coupes histologiques de l’hippocampe de souris montrant des neurones marqués
Former un souvenir ne consiste pas à “enregistrer” passivement une scène. Le cerveau sélectionne, trie et assemble différents éléments de l’expérience. Dans une récente étude parue dans Nature Neuroscience, des chercheurs [1] montrent que, lors de l’apprentissage d’un souvenir de peur chez la souris, tous les neurones activés ne jouent pas le même rôle. Certains ensembles seulement formeraient le cœur de la trace mnésique, ce que l’on appelle l’engramme.
Les chercheurs se sont intéressés à l’hippocampe, une région clé de la mémoire. Grâce à un outil optogénétique très précis, capable de marquer des neurones actifs sur des fenêtres de temps très courtes, ils ont pu distinguer plusieurs groupes de cellules recrutés à différents moments de l’apprentissage : avant le choc, pendant le choc, pendant les épisodes d’immobilité de peur (“freezing”) et en dehors de ces épisodes. Cette précision temporelle change l’échelle d’observation : au lieu de considérer l’ensemble des neurones activés pendant l’expérience, elle permet de découper la mémoire en séquences fines.
Le résultat principal est net. Réactiver artificiellement les neurones actifs pendant le choc ou pendant le freezing suffit à faire réapparaître une réponse de peur dans un autre contexte. À l’inverse, réactiver les neurones mobilisés avant le choc, ou en dehors du freezing, ne déclenche pas ce rappel. Mieux encore : inhiber ces mêmes neurones “choc” ou “freezing” perturbe ensuite le rappel naturel du souvenir. Autrement dit, toutes les cellules engagées pendant l’apprentissage ne deviennent pas des cellules de mémoire. Le cerveau semble faire une sélection, comme s’il retenait surtout les neurones associés aux moments les plus saillants de l’expérience.
Les chercheurs montrent aussi que ces sous-ensembles sont largement distincts les uns des autres. Et parmi eux, les neurones actifs pendant le freezing présentent une propriété singulière : lors du rappel du souvenir, ils se réactivent de façon plus coordonnée, en véritable ensemble. Cela suggère que l’engramme n’est pas seulement une liste de neurones, mais une dynamique collective, où la synchronisation compte autant que l’identité des cellules.
Ces travaux affinent notre vision de la mémoire. Un souvenir ne serait pas stocké comme un seul bloc, mais construit à partir de composantes neuronales recrutées à des moments précis. Cette approche ouvre des pistes pour mieux comprendre comment une expérience devient mémoire, et pourquoi, parfois, certains souvenirs prennent une place excessive. Les résultats restent obtenus chez la souris, dans un paradigme expérimental contrôlé : ils éclairent des mécanismes fondamentaux, sans préjuger encore d’applications cliniques immédiates.
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Références
Pouget, C., Morier, F., Autore, L. et al. Deconstruction of a memory engram reveals distinct ensembles recruited at learning. Nat Neurosci (2026).
https://doi.org/10.1038/s41593-026-02230-2
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Contact
Presse et communication scientifique : Paul Turpault, paul.turpault@espci.fr







