Jacqueline Bloch, médaille d’or du CNRS : la lumière comme terrain de jeu
La médaille d’or 2026 du CNRS est décernée à Jacqueline Bloch, physicienne, membre de l’Académie des sciences et ancienne élève de l’ESPCI Paris – PSL. Une distinction majeure pour une chercheuse qui a fait de la frontière entre lumière et matière son terrain de jeu, et dont une partie du chemin scientifique s’est dessinée dans les salles de travaux pratiques de l’école.
Il y a chez Jacqueline Bloch une manière très ESPCI de faire de la science : partir d’un phénomène, construire l’expérience, regarder ce qui résiste, puis tirer le fil. Ce fil, depuis près de trente ans, ce sont les polaritons, ces objets quantiques étranges, ni tout à fait lumière ni tout à fait matière. En les piégeant dans des microcavités, en les sculptant, en les faisant interagir, son équipe en a fait de véritables laboratoires pour explorer la matière condensée, les fluides quantiques et des phénomènes physiques que l’on pensait parfois réservés à d’autres échelles.

Cette histoire commence en partie à l’ESPCI. Jacqueline Bloch, promotion 106, choisit l’école précisément pour ce qui la distingue : sa proximité avec les laboratoires et une pédagogie où l’on apprend la science en la faisant.
On apprend et on découvre par soi-même et cela m’a beaucoup marqué
Elle se souvient notamment de ces longs travaux pratiques menés en binôme, mais aussi de deux rencontres importantes : Claude Boccara, en optique, et Jacques Lewiner, en physique des solides. Deux enseignements, deux mondes, et bientôt un point de rencontre : l’interaction entre lumière et matière. Jacqueline Bloch parlera elle-même d’un « déclic » à l’ESPCI.
Le reste est une aventure scientifique profondément collective. Après sa thèse, Jacqueline Bloch rejoint le CNRS et développe des travaux pionniers sur les polaritons, en s’appuyant notamment sur un savoir-faire expérimental exceptionnel dans la fabrication des microcavités. Peu à peu, la lumière cesse seulement d’éclairer : elle s’écoule comme un fluide, dessine des tourbillons, reproduit certains comportements de matériaux connus, ou permet d’en explorer qui n’existent pas encore.
En 2023, nous avions choisi de raconter son parcours dans Femmes de sciences, le projet de l’ESPCI consacré aux trajectoires de femmes scientifiques. Elle y parlait déjà de curiosité, de recherche fondamentale, de transmission, mais surtout de cette liberté précieuse : apprendre, expérimenter et avancer sans connaître à l’avance le lieu où la recherche nous conduira.
Trois ans plus tard, la médaille d’or du CNRS vient consacrer cette trajectoire.
Pour l’ESPCI, elle a une résonance particulière. Parce qu’elle récompense une immense physicienne, bien sûr. Mais aussi parce qu’elle raconte quelque chose que l’École essaie de transmettre depuis toujours : donner assez de liberté pour que l’expérience devienne une question, et parfois, une vie de recherche.
Publié le 25/09/2026
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