Chloé Fruy, passée par l’ESPCI, lauréate du Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO 2026
Doctorante en physique quantique au Laboratoire de physique de l’École normale supérieure (LPENS), Chloé Fruy fait partie des 35 jeunes chercheuses distinguées cette année par le Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. Une nouvelle étape dans le parcours de cette jeune physicienne, passée par l’ESPCI Paris – PSL, qui consacre aujourd’hui ses recherches à la détection de la matière noire.
Originaire de Cobrieux, dans le Nord, Chloé Fruy s’oriente très tôt vers les sciences. Après une classe préparatoire à Lille, elle intègre Chimie ParisTech – PSL puis poursuit une partie de sa formation à l’ESPCI, dans la promotion 139, où elle se spécialise en physique quantique.
Son parcours la conduit ensuite dans plusieurs laboratoires en France et à l’étranger. De l’Observatoire de Paris à l’université d’Uppsala, en Suède, en passant par IBM Research aux États-Unis et l’Institut quantique de Sherbrooke au Canada, ses stages lui permettent de découvrir différentes facettes de la recherche expérimentale et de préciser progressivement son intérêt pour les technologies quantiques.
Des détecteurs quantiques pour traquer la matière noire
Chloé Fruy a ensuite effectué sa thèse de doctorat au Laboratoire de Physique et d’Étude des Matériaux (LPEM) et au Laboratoire de Physique de l’École normale supérieure (LPENS), au sein de l’équipe Circuits quantiques hybrides, sous la direction de Takis Kontos. Ses travaux, pour lesquels elle est aujourd’hui récompensée, se sont concentrés sur le développement de détecteurs de matière noire fondés sur des capteurs quantiques.
Elle s’est plus particulièrement intéressée aux axions, des particules hypothétiques qui ne font pas partie du modèle standard de la physique des particules et qui constituent l’un des candidats envisagés pour expliquer la matière noire. Leur masse reste inconnue, mais les recherches expérimentales explorent notamment le domaine des fréquences micro-ondes. S’ils existent, les axions devraient en effet interagir très faiblement avec le champ électromagnétique, en introduisant une infime modification des équations de Maxwell.
Pour détecter un signal aussi ténu, Chloé Fruy a travaillé à la mise en œuvre d’un détecteur cryogénique innovant, associant des circuits supraconducteurs granulaires résistants au champ magnétique, une cavité micro-onde et des matériaux magnétiques. Cette architecture repose sur une interface dite de « magnonique quantique tripartite », qui permet de coupler plusieurs systèmes quantiques.

Cette approche pourrait considérablement élargir la gamme de masses accessible aux détecteurs actuels d’axions, appelés haloscopes, en particulier vers les masses élevées. Elle ouvre ainsi de nouvelles possibilités pour tester expérimentalement l’hypothèse de l’axion comme constituant de la matière noire.
Invisible et n’émettant pas de lumière, la matière noire n’a encore jamais été directement observée, bien que ses effets gravitationnels indiquent qu’elle représenterait une part importante de la matière présente dans l’Univers. Détecter un jour l’axion constituerait donc une avancée majeure pour notre compréhension de sa composition.
Le Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO
Créé en 2007, le Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science distingue chaque année 35 doctorantes et post-doctorantes pour la qualité de leurs recherches et leur potentiel scientifique. Porté par la Fondation L’Oréal, en partenariat avec l’Académie des sciences et la Commission nationale française pour l’UNESCO, le programme vise également à accompagner les jeunes chercheuses à une étape déterminante de leur carrière et à renforcer leur visibilité dans des disciplines où les femmes restent sous-représentées.
Cette question de la représentation des femmes dans les sciences occupe justement une place importante dans le parcours de Chloé Fruy. Dès le début de sa thèse, elle s’est engagée en faveur d’une meilleure représentation des femmes dans la recherche. Elle souligne notamment le poids que peuvent encore avoir certains stéréotypes dans l’orientation scolaire : au lycée, un professeur lui avait ainsi conseillé de privilégier une classe préparatoire en chimie plutôt qu’en mathématiques au motif que « les filles préféraient la chimie ».
Pour la jeune chercheuse, reconnaître l’existence de ces biais est une condition nécessaire pour faire évoluer les mentalités et permettre aux jeunes filles de se projeter davantage dans les carrières scientifiques.
Une distinction qui compte plusieurs lauréates liées à l’ESPCI
Chloé Fruy rejoint plusieurs chercheuses et anciennes élèves de l’ESPCI déjà distinguées par le programme L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science.
En 2024, Aliénor Rivière, chercheuse au laboratoire Physique et mécanique des milieux hétérogènes (PMMH), et Paula A. Gomes, chercheuse au laboratoire Sciences et ingénierie de la matière molle (SIMM), avaient toutes deux reçu le Prix Jeunes Talents France.
En 2022, le prix avait distingué Irène Nagle, ingénieure diplômée de l’ESPCI, et Noémi Renaudin, qui avait réalisé sa thèse au laboratoire Physique pour la médecine Paris. Un an plus tôt, Judith Pineau, également diplômée de l’École, et Lauren Reynolds, alors post-doctorante au laboratoire Plasticité du cerveau, figuraient parmi les lauréates 2021.
Une histoire déjà ancienne pour l’École : dès 2015, les ingénieures ESPCI Marine Bézagu et Laura Magro avaient elles aussi été récompensées par le programme.
L’ESPCI adresse toutes ses félicitations à Chloé Fruy pour cette distinction et pour la poursuite de son parcours scientifique.
Publié le 03/10/2026
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