Chez le rat-taupe nu, le parfum de la reine fait régner l’ordre
Le rat-taupe nu est un mammifère hors norme : il peut vivre plus de 30 ans, résiste au manque d’oxygène et passe l’essentiel de son existence sous terre, dans les régions arides d’Afrique de l’Est. Autre particularité remarquable : comme chez les abeilles, sa société est organisée autour d’une reine. Elle seule se reproduit, tandis que les autres membres de la colonie creusent les galeries, cherchent de la nourriture et prennent soin des petits.
Une étude récente publiée dans Nature révèle l’un des secrets de cette étonnante organisation : une molécule qui agit comme une phéromone de reine. Le myristate d’isopropyle, produit en grande quantité par la reine, est détecté par l’odorat des autres membres de la colonie. Il contribue à maintenir les femelles dans un état non reproducteur et à limiter les luttes de dominance.
Lorsqu’une reine disparaît, cet équilibre finit par voler en éclats : les femelles entrent en compétition et peuvent s’affronter violemment jusqu’à ce que l’une d’elles accède au statut de nouvelle reine. Dans l’étude, l’ajout de la phéromone après le retrait de la reine a retardé à la fois la reprise de la reproduction et les luttes de succession. À l’arrêt du traitement, la compétition a repris et une nouvelle reine a finalement émergé.
Parmi les auteurs de cette étude, menée par une équipe du Max Delbrück Center de Berlin, Felipe Cybis Pereira et Sophie Pezet, du laboratoire Physics for Medicine Paris à l’ESPCI Paris – PSL, ont étudié la réponse du cerveau à cette phéromone grâce à l’imagerie fonctionnelle ultrasonore. Leurs travaux montrent que cette odeur active des régions spécifiques du cerveau, apportant ainsi un éclairage inédit sur son fonctionnement chez une espèce encore peu étudiée en imagerie cérébrale.
Cette découverte ouvre de nouvelles pistes bien au-delà de l’organisation sociale du rat-taupe nu. Cet animal hors norme est devenu un modèle précieux pour comprendre des mécanismes biologiques aussi divers que le vieillissement, la résistance au manque d’oxygène ou certains cancers. Décrypter la manière dont son cerveau, ses hormones et son environnement social interagissent pourrait ainsi éclairer des mécanismes fondamentaux de la physiologie des mammifères et, à plus long terme, inspirer de nouvelles pistes de recherche en santé humaine.
Références
Khallaf, M.A., Hart, D.W., Luo, W. et al. A queen odour mediates reproductive suppression in a eusocial mammal. Nature (2026). https://doi.org/10.1038/s41586-026-10772-5
Publié le 08/09/2026
Recherche
Institut Physique pour la médecine
Sophie Pezet sophie.pezet@espci.fr
Paul Turpault, paul.turpault@espci.fr